Oui à la vie
La loi relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires transgresse la dignité humaine
  
   
Andreas Näf, lic. phil. I, Master européen d'éthique appliquée de l'Université de Zurich

Selon la loi relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires approuvée par le parlement, il est par principe permis de récupérer et d'utiliser des cellules souches embryonnaires à partir d'embryons surnuméraires. Ces embryons sont appelés "surnuméraires" parce qu'ils viennent de la conception en éprouvette (Fivet) et ne peuvent pas être implantés à la femme pour une raison définie. Ces êtres humains "orphelins" au vrai sens du mot doivent selon la volonté du législateur être mis au service de la science et subir des expériences scientifiques à l'âge d'environ cinq jours, expériences au cours desquelles leur existence est effacée, c.-à-d. qu'ils sont tués.

Au cours des délibérations parlementaires, le législateur s'est fait conduire en particulier par les réflexions suivantes: la vie d'embryons surnuméraires est détruite lors de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Cela touche des embryons qui n'auraient aucunes chances de développement en dehors du corps de la mère et qui seraient donc de toute manière "voués à la mort". S'appuyant sur le ci-dit "modèle du respect" qui part du fait que la dignité de protection augmente avec l'avancée du développement embryonnaire, mais aussi que la vie humaine la plus précoce a déjà droit au respect, l'embryon in vitro n'aurait pas droit à toute la dignité humaine. Par conséquent, la problématique de l'instrumentalisation de la vie humaine ne se poserait que dans une moindre mesure lors de la recherche sur les cellules souches d'embryons surnuméraires, et la protection de la vie échouerait de toute manière.

Cette vue du législateur ne peut être assumée sur le plan éthique.

L'embryon surnuméraire est un homme, c'est-à-dire un être vivant, qui porte déjà en lui son programme de développement entier qui lui donnera le sceau de l'individu humain unique qu'il est. En vertu de son existence comme homme, en vertu de son humanité, l'embryon surnuméraire a droit à la protection de la vie et donc à la dignité humaine. La dignité humaine est un principe éthique complet. Selon le philosophe Immanuel Kant, la dignité humaine est une valeur interne propre à l'homme, qui est "élevée au-dessus de tout prix". Il en découle que la dignité humaine est entière, absolue, indivisible et intouchable. Il est indiscutable que la notion de dignité de l'homme est en ce sens à la base de l'art. 7 de notre Constitution fédérale. C'est pourquoi il est choquant, répulsant et bouleversant que le législateur ne veuille reconnaître à l'embryon in vitro qu'un minimum de dignité humaine et donc qu'une protection réduite de la vie. La dignité humaine au sens strict comprend aussi l'interdiction d'instrumentalisation, ce qui signifie que la vie humaine n'a pas le droit d'être sacrifiée à des buts et des intérêts étrangers qui pourraient être aussi de nature économique.

Des spécialistes significatifs de l'éthique défendent l'argument de continuité, opposé au "modèle du respect". Je cite le prof. Manfred Spieker de l'université d'Osnabrück (NZZ du 8.3.2002): "Comme toute la vie humaine est un continuum de la conception à la mort, il est logique qu'elle soit digne dès la conception, et cela impose des devoirs de protection à l'état, aussi vis-à-vis de l'industrie pharmaceutique. Si la dignité n'appartient pas à l'homme dès le début, qui doit donc décider du moment à partir duquel elle est tellement développée que le meurtre de l'embryon est alors interdit? La politique ou la science ou l'industrie pharmaceutique?". Le législateur est d'avis que les embryons surnuméraires n'ont pas le droit à une protection totale de leur vie et à l'entière dignité humaine parce qu'ils n'auraient aucune chance de développement en tant qu'embryons qu'on ne peut pas implanter et qu'ils seraient ainsi de toute manière voués à la mort. J'oppose à cela qu'il existe une différence éthique importante entre le fait de laisser mourir l'embryon surnuméraire et le meurtre de cet embryon qui en plus doit subir avant sa mort une instrumentalisation désaffectée de sa vie par la recherche.

Une fois que l'état prévoit des exceptions à l'interdiction absolue de tuer quelqu'un d'autre sans la situation de légitime défense et qu'il conteste à l'embryon surnuméraire la dignité humaine totale, comme il le fait dans la loi à propos de la recherche sur les cellules souches, le premier pas décisif est fait en direction d'un développement par lequel des enfreintes futures aux principes de base éthiques fondamentaux et des abus sont inévitables (p. ex. interventions dans la lignée génétique humaine, clonage). Il faut aussi craindre que cette loi conduira à un mode de pensée utilitariste lié à la tendance sélective darwiniste sociale qui doit être supportée par les êtres humains faibles et très faibles. Cela conduit à un changement de l'opinion de la société: le respect de la vie humaine (aussi de la vie âgée, handicapée, malade) diminue à long terme ou même se perd.

Pour toutes ces raisons, je rejette catégoriquement, du point de vue éthique, la loi relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires.


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15.1.2004

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